En hommage à Michel Viallard

Michel Viallard, 21 mai 2019

Je me propose de dire quelques mots sur l’itinéraire de Michel
Viallard par rapport aux mathématiques et à l’université. Michel a
été enseignant au département de mathématique à partir d’octobre
1962 et jusqu’à son départ en retraite, il y a une quinzaine d’années,
terminant sa carrière comme Maître de conférences hors classe.

Michel a commencé par étudier à l’école des Arts et métiers à
Angers. Il faisait partie de la promotion 1958-1962, une promotion
à laquelle il est resté attaché par un lien très fort et qui comptait
dans ses rangs, parmi bien d’autres membres remarquables, Dubreil,
Laucournet, David RM. Mais Michel s’est vite aperçu que son
goût pour les mathématiques l’attiraient vers l’université. Le professeur
de mathématiques de l’école d’Angers, André Mercier (surnommé ”le monstre”),
avait une grande culture des mathématiques
de l’ingénieur et avait écrit un traité de plus de 1500 pages très
riche en exemples. Michel a décidé de passer les examens de l’université de Rennes
tout en continuant brillamment ses études aux
Arts et métiers ; c’était une démarche nouvelle et elle lui a permis de
rejoindre le département de mathématiques de Rennes. Il a efficacement
encouragé Pierre Jouve et moi-même à suivre son exemple
deux ans plus tard ; nos vies en ont été changées.

Les goûts de Michel l’ont toujours porté vers la mécanique et
l’analyse. Après l’agrégation, il poursuit quelques temps des recherches
en rhéologie, une partie de la mécanique, avec Jean-Pierre
Gaborieau et sous la direction de Jean-Paul Benzécri, professeur à
Rennes de 1960 à 1965 qu’il admirait. Je me souviens de la salle du
second étage de la place Pasteur où ils travaillaient tous les trois,
que je devais traverser le midi ; Benzécri s’interrompait de leur causer
quelques secondes pour me laisser passer en souriant.

Michel a joué un rôle important dans l’organisation de l’enseignement
des mathématiques du département des années 1970. C’est
sous son impulsion que l’enseignement de la première année se fait
alors en petits groupes et non plus en amphis. Il a pris en charge
différents enseignements d’analyse, rédigeant entièrement ses cours
à l’avance, préparant des feuilles d’exercices qui ont été reprises
pendant plus de 20 ans. Je peux témoigner que ses qualités d’enseignant
étaient particulièrement appréciées de tous les étudiants et
étudiantes.

Michel a toujours eu un goût particulier pour assurer la préparation
aux concours, CAPES, Agrégation interne et externe, grandes
écoles comme les Mines. Il a participé régulièrement à des jurys,
écrit des sujets des épreuves écrites, corrigé des écrits, et son mois
de juillet était réservé pour faire passer des oraux. À l’université de
Rennes, il a organisé les préparations à l’écrit ou à l’oral à l’un ou
l’autre des concours d’enseignement des années durant. Au lycée
Chateaubriand, il a assuré chaque semaine, pendant 40 ans peut-
être, trois heures de colles, renouvelant sans cesse les sujets qu’il
proposait aux élèves des classes de mathématiques spéciales, ce qui
était très apprécié des différents professeurs qui se sont succédé
dans cette classe prestigieuse. Il se souvenait de bon nombre de
ceux et celles qu’il avait interrogé, parmi lesquels je peux citer Jean-
François Le Gall, futur prix Fermat et prix Wolf, professeur à Orsay
actuellement. Il était présent à Paris lors des oraux, soutenant efficacement
les candidat(e)s parfois démoralisé(e)s jusqu’à la porte
des salles d’oraux. Plus tard, il a conduit avec la même énergie des
enseignant(e)s de l’académie de Rennes au succès à l’agrégation
interne.

Pendant plus de 20 ans, Michel a mis aussi ses talents d’organisateur
au service de l’IREM de Rennes, en assurant à deux
reprises la direction, préparant des réunions et des colloques. Vers
la fin des années 1970, il a joué un rôle important au plan national
pour déterminer de nouvelles orientations pour refonder l’enseignement
de l’analyse dans le secondaire après l’époque dite des
mathématiques modernes : il a travaillé avec Jean-Louis Ovaërt et
d’autres et rédigé plusieurs documents marquants.

Parmi tous les travaux de Michel, je dois aussi citer le livre
d’exercices d’analyse de haut niveau qu’il a écrit en 1967 avec Jacqueline
Lelong-Ferrand, Jean-Marie Arnaudiès et Daniel Leborgne
(un autre rennais) ; ce livre est resté longtemps une référence.

Enfin, il y a une vingtaine d’années, Michel a commencé à
développer, avec des collègues différents suivant les années, le logiciel
Braise, une base d’exercices élaborés en équipe, qu’il a alimentée
régulièrement à partir d’une collection considérable d’exercices qu’il
rédigeait sur des feuilles séparées. Braise ne rencontre pas actuellement
le succès qu’elle mérite à mes yeux, mais elle compte maintenant
plus de 2000 pages de textes d’exercices avec des éléments de
solutions, des résumés de cours et des aides pour travailler.

Je voudrais terminer par une note surprenante. Tout au long
de sa carrière, Michel a toujours refusé de s’intéresser à l’informatique.
Il n’a quasiment jamais touché à un ordinateur et, si nous
avons fait vers 1980 des TP d’analyse ensemble, il écrivait les algorithmes
et je me chargeais seul de la critique des programmes écrits
par les étudiant(e)s. Quels étaient les motifs de cette obstination
profonde, qui s’étendait à l’impossibilité de pouvoir exécuter des
tâches matérielles simples, comme d’aller chercher de la ciboulette
dans mon jardin ou d’arroser un rosier, je ne le sais pas vraiment.

Mais je sais et je n’oublierai jamais que Michel aimait énormément
les voyages (il était infatigable), le ski, le tennis, les concerts,
le théâtre, le cinéma, la peinture, le bridge, la grande cuisine. . .

Jean-Pierre Escofier